Les Rois de Majorque
Du royaume de Majorque au commerce méditerranéen
Le royaume de Majorque
En 1276, Jacques II de Majorque reçoit de son père Jacques Ier d'Aragon un royaume extraordinaire : les îles Baléares, les comtés de Roussillon et Cerdagne, la seigneurie de Montpellier et la vicomté de Carlat. Ce royaume de Majorque est un État méditerranéen singulier — un empire commercial du soleil.
Perpignan devient la capitale continentale de ce royaume. C'est là que les rois de Majorque font construire leur palais, tiennent leur cour, frappent leur monnaie. La ville connaît une croissance spectaculaire : elle passe d'un bourg à une véritable capitale en moins d'un siècle.
Ce royaume est une anomalie géopolitique fascinante : il est coincé entre la France capétienne au nord et la Couronne d'Aragon au sud. Il doit naviguer entre les deux, jouer l'un contre l'autre, et acheter sa survie par la diplomatie commerciale.
Perpignan capitale royale
Le Palais des Rois de Majorque domine encore Perpignan depuis la colline de Puig del Rey. Construit à partir de 1276, c'est un chef-d'œuvre de l'architecture gothique catalane. Deux chapelles superposées, une grande salle du trône, des jardins en terrasses — tout dit la puissance et le raffinement d'une cour royale.
Sous les rois de Majorque, Perpignan s'organise : le castillet garde l'entrée de la ville, les halles accueillent les marchands, les consulats s'installent (le Consulat de Mer régule le commerce maritime). La ville est un carrefour entre la Méditerranée, le Languedoc et la péninsule ibérique.
La Loge de Mer (Llotja de Mar) est construite en 1397 — après la réintégration dans la Couronne d'Aragon — pour abriter les négociants et régler les litiges commerciaux. C'est aujourd'hui la plus ancienne Bourse de commerce encore debout en France.
La Llotja de Mar de Perpignan (1397) est classée monument historique. Son gothique marin — voûtes élancées, gargouilles marines — témoigne de la vocation méditerranéenne de la ville. Elle abrite aujourd'hui un restaurant, mais sa façade sur la Place de la Loge est le cœur symbolique de la ville.
Les Templiers en Roussillon
L'Ordre du Temple — les Templiers — s'installe en Roussillon dès le XIIe siècle. Ils y sont attirés par la position stratégique du territoire sur les routes vers l'Espagne et par la générosité des comtes catalans. Leurs commanderies quadrillent la plaine : Mas Deu (1143), près de Thuir, est la plus importante commanderie templière de la péninsule ibérique.
Mas Deu est un État dans l'État : elle possède des terres, des moulins, des pêcheries, une chapelle, des greniers. Elle abrite des chevaliers en route vers la Terre Sainte et des convalescents qui en reviennent. Elle est aussi un centre financier — les Templiers inventent la lettre de change et les transferts d'argent à distance.
En 1307, Philippe IV de France arrête tous les Templiers du royaume. En Roussillon — alors sous Couronne d'Aragon — la répression est plus douce mais inévitable. En 1312, l'Ordre est dissous. Mas Deu passe aux Hospitaliers, qui l'occupent jusqu'à la Révolution.
Le commerce méditerranéen
Au XIIIe et XIVe siècle, le Roussillon est au carrefour des échanges méditerranéens. Collioure est le principal port d'exportation des draps catalans et languedociens vers le Maghreb et le Levant. Les anchois salés de Collioure — déjà ! — s'exportent vers toute la Méditerranée.
Le commerce génère des fortunes et des familles marchandes puissantes. Les draps roussillonnais sont réputés en Italie. Le vin, l'huile, les épices transitent par Perpignan. Des marchands génois, pisans, florentins s'installent en ville. C'est un monde cosmopolite où le catalan, l'occitan, l'arabe et l'italien se croisent sur les étals.