Le Traité des Pyrénées (7 novembre 1659) met fin à la guerre franco-espagnole qui durait depuis 1635. Il est négocié sur l'Île des Faisans — un îlot neutre de la Bidassoa, à la frontière basque — par le cardinal Mazarin pour la France et don Luis de Haro pour l'Espagne.
Le traité est complexe : il règle des questions dynastiques (le mariage de Louis XIV avec l'infante Marie-Thérèse d'Espagne), territoriales (la France reçoit une partie de l'Artois, la Lorraine, et surtout le Roussillon) et militaires. Le Roussillon — comté catalan sous domination espagnole depuis le XIVe siècle — passe à la France.
L'article 42 du traité stipule que les comtés de Roussillon et de Conflent passent à la France. En pratique, cela signifie que des populations catalanophones, avec leurs institutions, leur langue et leur culture, se retrouvent sous la souveraineté française du jour au lendemain.
Louis XIV entreprend rapidement une politique de francisation — le français doit remplacer le catalan dans l'administration et l'enseignement. Cette politique, poursuivie pendant trois siècles, explique la situation sociolinguistique actuelle : un catalan résistant, des locuteurs qui ont maintenu la langue dans les espaces privés et festifs.
La sardane a continué à se danser. La senyera a continué à flotter sur les façades. Le catalan a continué à être parlé dans les familles. Le Traité des Pyrénées a changé l'administration — il n'a pas changé la mémoire.
Les Pyrénées ont cessé d'être. — attribué à Louis XIV, après la signature du traité. Phrase probablement apocryphe, mais qui résume l'ambition.
La division de la Cerdagne illustre la complexité du traité. Les négociateurs décident que la France recevra 33 villages de la Cerdagne espagnole — mais la délimitation exacte pose problème. La ville de Llívia (l'ancienne capitale romaine de la Cerdagne) échappe à la cession en arguant qu'elle est une ville et non un village.
Résultat : Llívia est un enclave espagnole de 13 km² entourée de territoire français, reliée à l'Espagne par une route neutre. Cette curiosité géopolitique, unique en Europe, est le signe le plus visible de la complexité du Traité des Pyrénées.
La Cerdagne est ainsi divisée depuis 1659 entre une Cerdagne française (les 21 communes des Pyrénées-Orientales) et une Cerdagne espagnole (la Cerdanya). Même langue, même culture, même paysage de haute plaine — administration différente.