La sardane est une danse en cercle ouvert — les danseurs se rejoignent en cercle, se tiennent par les mains bras levés, et exécutent une suite de pas courts et longs alternés, comptés sur la musique. La sardane n'a pas de nombre fixe de participants — le cercle s'agrandit quand de nouveaux danseurs s'y joignent.
Les pas sont simples mais exigent une écoute musicale précise — les danseurs doivent compter les mesures pour synchroniser leurs pas courts et longs. Il existe des sardanes rapides et lentes, des sardanes longues et courtes. Les sardanistes expérimentés forment des cercles intérieurs plus exigeants.
La sardane se danse dans les places des villages, lors des fêtes patronales, lors des Aplecs de sardanes — grands rassemblements qui réunissent des centaines de cercles simultanément. Ces Aplecs, organisés dans toute la Catalogne, sont des événements fédérateurs importants.
La sardane alterne 'tirades' courtes (8 pas) et longues (16 pas). La première fois que l'on entend la musique, on compte pour s'ajuster au bon moment. Cette nécessité de compter — intellectuelle et musicale à la fois — distingue la sardane des danses populaires moins codifiées. C'est une danse qui demande de l'attention.
La cobla est l'orchestre catalan qui accompagne la sardane — et il n'en existe nulle part ailleurs. 11 musiciens jouent des instruments spécifiques : la tenora (hautbois grave, instrument emblématique), le tible (hautbois aigu), le flabiol (flûte jouée d'une main), le tamborí (petit tambour joué de l'autre main par le même musicien), deux trompettes, un trombón, une fiscorn et une contrebasse.
Le son de la cobla est immédiatement reconnaissable — sonore, légèrement nasillard pour les instruments à anche, avec des harmonies caractéristiques. Les compositeurs catalans ont écrit des milliers de sardanes — de simples pièces populaires aux compositions ambitieuses de Pau Casals ou Mossèn Cinto Verdaguer mis en musique.
Depuis le Traité des Pyrénées de 1659 — qui intègre le Roussillon à la France — la sardane a été l'une des formes de résistance culturelle catalane les plus durables. On ne peut pas interdire une danse de village. Elle a continué à se danser, dimanche après dimanche, place après place, pendant trois siècles.
Cette continuité — non institutionnelle, non subventionnée, entièrement portée par les communautés locales — dit quelque chose d'essentiel sur la vitalité de la culture catalane. La sardane est aujourd'hui enseignée dans les bressoles et les écoles bilingues comme patrimoine vivant.
Josep Maria Ventura i Casas dit Pep Ventura (1817-1875) est le musicien qui a codifié la sardane moderne. Né à Alcalà de Xivert (Valencia), il s'installe à Figueres (Catalogne espagnole) et devient le chef de cobla le plus influent de son siècle.
C'est lui qui a fixé la composition actuelle de la cobla (11 musiciens), l'alternance des tirades courtes et longues, et le style musical qui caractérise la sardane contemporaine. Avant Ventura, la sardane était plus proche d'une contredanse populaire. Après lui, c'est une forme musicale codifiée avec ses règles propres.
Les sardanes se dansent tous les dimanches dans les places des villes en saison — Perpignan (place de la Loge), Prades, Céret, Argelès. Les Aplecs de sardanes — grands rassemblements — ont lieu plusieurs fois par an dans différentes villes. Le plus grand Aplec du Conflent se tient à Prades autour du Festival Pablo Casals en juillet-août.