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Mémoire de l'Histoire
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La Retirada

Janvier-février 1939. 450 000 réfugiés républicains espagnols franchissent les Pyrénées. L'exil forcé qui a marqué la Catalogne Nord pour des générations.

1939450 000 réfugiésCamps d'Argelès et BarcarèsMémoire viveRetiradaAntonio Machado
450 000
Réfugiés en 2 semaines
22 fév. 1939
Mort de Machado
2015
Mémorial ouvert
26 jan. 1939
Franco entre à Barcelone — début de l'exode
Fév. 1939
450 000 réfugiés franchissent les Pyrénées
22 fév. 1939
Antonio Machado meurt à Collioure
1939-1942
Camps d'Argelès, Barcarès, Saint-Cyprien, Rivesaltes
1942-1944
Camp de Rivesaltes — Juifs et Tsiganes déportés
2015
Ouverture du Mémorial du Camp de Rivesaltes
Les événements
L'exode de janvier-février 1939

Quand les armées de Franco entrent à Barcelone le 26 janvier 1939, c'est l'effondrement de la République espagnole. Des centaines de milliers de personnes — soldats, civils, familles entières — prennent la route vers la France. En deux semaines, 450 000 personnes franchissent les Pyrénées par les cols et les routes.

Les colonnes s'étirent sur des dizaines de kilomètres. Il fait froid, il neige parfois, les bombardements poursuivent les fuyards. Les familles portent ce qu'elles peuvent — quelques vêtements, des papiers, des enfants. Ils arrivent épuisés, affamés, souvent malades, dans un pays qui les regarde avec méfiance.

Le gouvernement français, dépassé et peu enthousiaste, parque ces réfugiés sur les plages du Roussillon — Argelès-sur-Mer, Le Barcarès, Saint-Cyprien. Sans abri, sans eau potable, sans sanitaires, sous la tramontane de février. Des milliers mourront de maladie, d'épuisement et de froid dans les premiers mois.

Le chiffre qui résume

450 000 personnes en deux semaines. C'est l'équivalent de la population entière de Perpignan en 2026 traversant les Pyrénées en hiver, à pied, en fuyant. La Retirada est l'un des plus grands exodes forcés de l'histoire de l'Europe de l'Ouest.

Internement
Les camps du sable

Les plages d'Argelès-sur-Mer, du Barcarès et de Saint-Cyprien sont transformées en camps d'internement entourés de barbelés. Les conditions sont catastrophiques — le sable comme seul abri, l'eau de mer comme seule eau disponible initialement, des épidémies de dysenterie et de typhoïde.

Le camp de Rivesaltes — plus structuré — sera ensuite utilisé pour d'autres populations internées : Tsiganes, Juifs avant leur déportation vers les camps nazis. Ce même lieu, chargé de plusieurs strates de mémoire, accueille aujourd'hui le Mémorial du Camp de Rivesaltes (ouvert en 2015).

Des intellectuels, des artistes, des scientifiques républicains se retrouvaient dans ces camps. Certains furent libérés grâce à des soutiens en France ou à l'étranger. D'autres furent recrutés dans les brigades de travailleurs étrangers ou dans la Légion étrangère française.

La figure symbolique
Antonio Machado — mort à Collioure

Antonio Machado (1875-1939) est le plus grand poète espagnol du XXe siècle — auteur des Campos de Castilla, de Soledades. Républicain, il traverse les Pyrénées lors de la Retirada. Il arrive à Collioure le 28 janvier 1939, épuisé, malade. Il meurt le 22 février dans une modeste pension de la rue Bompas.

Sa tombe est dans le cimetière de Collioure — un lieu de pèlerinage pour les Catalans et les Espagnols du monde entier. Sa mère est morte trois jours plus tard dans la même chambre. Dans sa veste, on a retrouvé un papier avec les derniers vers qu'il avait écrits.

La mort de Machado à Collioure est devenue le symbole de toute la Retirada — une mort dans l'exil, à quelques kilomètres de son pays, après une vie consacrée à la démocratie et à la poésie.

Estos días azules y este sol de la infancia. — Antonio Machado, derniers vers trouvés dans sa veste à Collioure, février 1939.
Héritage
La mémoire de la Retirada aujourd'hui

La Retirada a profondément transformé la démographie et la culture du Roussillon. Des milliers de réfugiés s'y sont définitivement installés après la guerre — dans les quartiers populaires de Perpignan, dans les villages de la plaine. Leurs descendants sont aujourd'hui des Catalans de Catalogne Nord à part entière.

Des associations recueillent depuis des années les témoignages des derniers survivants et de leurs enfants. Des films, des livres, des expositions continuent de raconter cette histoire. Le Mémorial du Camp de Rivesaltes, construit sur le site même des baraquements, est devenu un lieu de mémoire majeur.

Lieux de mémoire
Visiter la mémoire de la Retirada

Le Mémorial du Camp de Rivesaltes (ouvert 2015) est sur le site même des baraquements. Architecture sobre de Rudy Ricciotti — des murs de béton qui protègent les vestiges. Ouvert toute l'année, entrée libre. Sur la D117 entre Perpignan et Rivesaltes.

À Collioure, la tombe d'Antonio Machado est dans le cimetière — accessible à pied depuis le centre-ville. Une plaque simple, souvent fleurie. Le mémorial Machado (quai de l'Amirauté) présente sa vie et son exil. L'hôtel Quintana, où il mourut rue Bompas, n'existe plus — une plaque commémorative le marque.

À Argelès-sur-Mer, le Mémorial des Espagnols est sur la plage même des camps. À Le Barcarès, un monument aux réfugiés. La Route de la Retirada relie plusieurs sites de mémoire — consultable auprès de l'Office de tourisme de Perpignan.