Chaque 23 juin, des groupes de randonneurs montent au sommet du Canigó dans la journée et allument une flamme au coucher du soleil. Cette flamme — soigneusement entretenue dans des lanternes — est ensuite portée par des coureurs qui descendent vers tous les villages de Catalogne.
En quelques heures, des centaines de bûchers s'allument dans les places de villages — de la Côte Vermeille à Barcelone, du Roussillon à Valencia. Tous depuis la même flamme. Une chaîne de feu qui relie physiquement le sommet sacré à chaque foyer catalan.
La fête de la Saint-Jean — solstice d'été, fête du feu — existe dans de nombreuses cultures européennes. La Flama del Canigó lui donne une dimension identitaire catalane spécifique : le sommet, la flamme unique, les coureurs, la transmission.
La Flama del Canigó ne requiert pas de budget, pas de permission spéciale, pas d'institution. Des gens décident de monter au Canigó, d'allumer une flamme, de la porter dans leur village. D'autres décident de l'accueillir et d'allumer leur bûcher. C'est peut-être la chose la plus catalane qui existe : une tradition portée par la communauté elle-même.
La fête de la Saint-Jean est une tradition ancienne dans toute l'Europe — feux de joie au solstice d'été, purification, protection des récoltes. En Catalogne, la dimension identitaire a été activée en 1955 par le mouvement culturel Flama del Canigó, dans un contexte d'oppression franquiste en Espagne et de marginalisation du catalan en France.
En choisissant le Canigó — le mont sacré visible des deux côtés des Pyrénées — comme point de départ, et en créant une chaîne physique de feux reliant tous les villages catalans, les organisateurs ont inventé un rituel à la fois populaire, non violent, et extraordinairement efficace culturellement.
N'importe qui peut participer à la Flama del Canigó. Il n'y a pas d'inscription, pas de billet — juste la décision de monter. La montée nocturne du 23 juin au soir est organisée collectivement : des groupes partent depuis Vernet-les-Bains, Prades, Casteil dès l'après-midi pour être au sommet au coucher du soleil.
Descendre avec la flamme demande une préparation : une lanterne ou un flambeau adapté au transport, une condition physique correcte pour la descente de nuit, des lampes frontales. La flamme est ensuite accueillie par les villages qui allument leurs bûchers sur les places.
Pour participer sans monter : chaque village de Catalogne Nord organise sa propre réception de la flamme. Arriver sur la place du village avant 22h le 23 juin, avec des enfants ou non, est suffisant pour faire partie du rituel.
La Flama del Canigó est le prétexte d'une fête de village. Autour du bûcher, il y a de la musique, de la sardane, des sardines grillées, du vin. Les associations culturelles catalanes sont présentes. C'est souvent l'une des rares occasions dans l'année où l'on parle catalan en public sans que ça soit un acte militant — juste naturel.
À Perpignan, le bûcher est traditionnel sur la place de la Loge. À Céret, sur la place Pablo Picasso. À Prades, devant l'église Saint-Pierre. Dans les villages — Mosset, Eus, Castelnou — la dimension communautaire est encore plus forte : tout le monde se connaît, tout le monde est là.