Les cathares — ou Bons Chrétiens — professaient un christianisme dualiste : le monde matériel est mauvais (œuvre du démon), seul l'esprit est divin. Ils refusaient les sacrements de l'Eglise catholique, les richesses, la violence. Cette foi — paisible, ascétique, populaire dans le Languedoc et la Catalogne médiévale — était considérée comme hérétique par Rome.
En 1209, le pape Innocent III prêche la Croisade des Albigeois — une guerre sainte contre les cathares. Des seigneurs du nord de la France descendent sur le Languedoc. La guerre durera 46 ans, faisant des dizaines de milliers de morts. C'est l'un des épisodes les plus sombres de l'histoire de la France médiévale.
Château de Puilaurens (697 m, territoire de Caudiès-de-Fenouillèdes) — l'une des forteresses cathares les mieux conservées. Perché sur un éperon calcaire, il résista à la Croisade jusqu'en 1256. Accessible par un sentier.
Château de Quéribus (728 m, commune de Cucugnan, Aude) — le dernier bastion cathare, qui capitula en 1255. Sa tour ronde est unique dans l'art militaire médiéval. Vue à 360° sur les Pyrénées et la Méditerranée.
Château de Peyrepertuse — château double sur une crête vertigineuse. L'un des plus grands ensembles fortifiés médiévaux de France. Ces châteaux se signalaient entre eux par des feux la nuit — un réseau de surveillance qui couvrait tout le nord des Pyrénées.
Le catharisme est un dualisme — deux principes s'opposent : le Bien (Dieu, l'esprit, la lumière) et le Mal (le démiurge, la matière, l'obscurité). Pour les cathares, le monde matériel est une prison créée par un dieu mauvais. L'âme humaine est divine et emprisonnée dans la chair.
Les Parfaits (les Bons Hommes et les Bonnes Femmes) étaient les membres consacrés — ils avaient reçu le Consolament (baptême spirituel) et vivaient dans l'ascèse absolue : pas de viande, pas de sexe, pas de mensonge, pas de violence. Les Croyants menaient une vie ordinaire mais recevaient le Consolament sur leur lit de mort.
Cette foi — paisible, ascétique, sans hiérarchie cléricale, sans richesse institutionnelle — contrastait avec l'Eglise catholique de l'époque. Sa popularité dans le Languedoc et la Catalogne dit quelque chose sur le décalage entre l'Eglise et ses fidèles au XIIe siècle.
La Croisade des Albigeois ne s'est pas arrêtée à la prise des châteaux. L'Inquisition — créée en 1231 — a traqué pendant des décennies les derniers cathares cachés dans les villages. Les registres d'inquisition de Jacques Fournier (évêque de Pamiers, 1318-1325) sont une source historique unique : ils décrivent en détail la vie quotidienne et les croyances des derniers cathares du Languedoc.
Dans les Pyrénées-Orientales, le catharisme a laissé peu de traces architecturales directes — les châteaux étaient royaux ou seigneuriaux, pas cathares. Mais la mémoire de la résistance, la topographie des refuges, les noms de lieux liés aux itinéraires des fugitifs sont encore lisibles dans le Fenouillèdes.