Espirà de l'Aglí en catalan
Village de la Salanque · Au pied des Corbières · Sur le Train Rouge
L'histoire d'Espira-de-l'Agly commence bien avant l'écriture. Des traces de présence humaine datant d'environ un million d'années ont été retrouvées sur les rives de l'Agly. À cette époque, nos ancêtres s'installaient à la limite entre les zones marécageuses et la plaine fertile, dominée par le mont Espira qui culmine à 455 mètres.
Les Grecs, les Phéniciens et les Romains fréquentent ensuite ce territoire. Peu avant notre ère, la 10e légion romaine est cantonnée en Gaule Narbonnaise. En récompense de leurs campagnes, des vétérans se voient attribuer des terres pour leurs vieux jours dans cette plaine. L'un d'eux — de la famille Aspiranus — donne son nom au lieu : Aspiranum, qui deviendra Espira. Le nom du village est le nom d'un soldat romain qui voulait juste finir ses jours tranquille loin de Rome.
Vers l'an Mil, sous l'influence carolingienne, un monastère double se développe dans un méandre de l'Agly. Double car il accueillait à la fois des moines et des moniales — on a retrouvé une liste de 44 religieuses. La première mention de cette abbaye d'Aspirà figure dans une charte de Jacques Ier, roi d'Aragon, de 845.
C'est cette communauté religieuse qui commande la construction, au XIIe siècle, de la collégiale Sainte-Marie — joyau de l'art roman roussillonnais. Mais en 1389, le prieuré en déclin est transféré à Perpignan (La Réal). Les moines partent. À leur place, 21 familles s'installent — les premiers habitants laïcs de ce qui deviendra Espira-de-l'Agly.
Quand le prieuré d'Espira décline au XIVe siècle, son cloître se délabre. Un collectionneur américain — amateur d'art médiéval — le rachète pierre par pierre et le fait reconstruire à Toledo, dans l'Ohio, aux États-Unis. Un fragment de la Catalogne du XIIe siècle se trouve ainsi de l'autre côté de l'Atlantique. Le phénomène n'est pas isolé : les chapiteaux de Cuxa sont eux aussi en partie au Metropolitan Museum de New York (les Cloisters).
Les 3 525 Espiranencs d'aujourd'hui vivent à un carrefour géographique et historique singulier : entre la plaine catalane et les premières crêtes des Corbières cathares, entre Perpignan (10 km) et le Fenouillèdes, entre la Méditerranée (14 km) et la montagne. Ce territoire de passage a façonné une identité ouverte, à la croisée des influences roussillonnaises et languedociennes.
Espira-de-l'Agly n'est pas marquée par une tragédie historique unique comme Rivesaltes. Sa mémoire est celle d'une continuité remarquable — un million d'années de présence humaine sur les mêmes rives, le même fleuve, les mêmes collines.
La collégiale Sainte-Marie est la mémoire en pierre du village. Construite au XIIe siècle par des religieux et des religieuses, elle a traversé huit siècles debout. Les chapiteaux sculptés — un abbé et deux personnages entre les absidioles, des dents d'engrenage au portail, des colonnes engagées à chapiteaux variés — sont un livre ouvert sur l'art roman catalan, accessible à tous, sans billet d'entrée.
La fête de la Saint-Jean, la fête patronale du 15 août, le festival des Châtaignes et du Vin (3e weekend d'octobre) — ces événements rythment l'année d'Espira et maintiennent vivants des liens communautaires millénaires. La fête de la Saint-Jean à Espira résonne avec la Flama del Canigó qui brûle au même moment sur toute la Catalogne.
Soixante pour cent du territoire d'Espira-de-l'Agly est cultivé. Entre la plaine alluviale de l'Agly et les premiers reliefs des Corbières, la commune offre une diversité de terroirs remarquable pour un village de 3 500 habitants.